• Christelle Chanut

Demain sera-t-il communautaire ?

ou comment une expérimentation peut nous donner un avant-goût de l'assurance de demain... ou pas



Connaissez-vous Teambrella ? Il s’agit d’un système d’assurance peer-to-peer basé sur le bitcoin, créé en 2016 par des concepteurs et ingénieurs russes. Au-delà de l’originalité du modèle qui m’intéresse toujours, voyons dans quelle mesure celui-ci pourrait nous donner des clés pour imaginer l’assurance de demain.



Comment ça marche ?


Le fonctionnement est très simple : plusieurs individus (a priori situés dans le même pays) se constituent en communauté autour d’un type de risque à assurer.


Les membres votent pour accepter ou refuser l’entrée d’une nouvelle personne dans la communauté, une fois que celle-ci s’est présentée à eux de manière libre en précisant des éléments leur permettant d’évaluer le risque.


Les membres ne payent pas de cotisation ou de prime annuelle mais versent un montant fixe lors de leur adhésion. La cagnotte ainsi constituée servira à rembourser les adhérents en cas de sinistre.


Les flux financiers sont entièrement automatisés grâce à la blockchain ; les transactions se font en bitcoins.


L’adhérent qui subit un sinistre envoie un message à la communauté, assorti de photos, pour décrire les dommages subis et indique le montant qu’il estime devoir lui être remboursé. Ce montant est alors soumis au vote des autres membres, qui peuvent l’accepter ou le diminuer. Les votes étant publics, il est réaliste d’imaginer que le membre qui souhaitera systématiquement diminuer le montant des remboursements dus à ses pairs se heurtera à un manque de générosité de leur part lorsque un sinistre surviendra pour lui.




Confiance et transparence, tels sont les maîtres-mots de ce système d’assurance communautaire.

Alors que la confiance dans les assureurs est actuellement mise à mal et que les clients exigent de plus en plus de transparence, Teambrella préfigure-t-il l’assurance de demain ?


Nous nous appuyons ici sur le modèle du futur de l’assurance et de la banque préalablement défini pour en explorer chacune des dimensions et découvrir dans quelle mesure ce modèle original pourrait faire écho à l’assurance de demain.

L’émancipation du client portée à l’extrême


Pas de client en tant que tel chez Teambrella puisque l’assuré se confond avec l’assureur : il accepte ou refuse les nouveaux risques et décide du montant des indemnisations. L’assuré dispose ainsi du plus haut degré d’autonomie et de contrôle possible par rapport à l’assurance en tant qu’organisation. La relation est hyper personnalisée, en l’absence totale de formalisme, souscription et déclaration de sinistre prenant la forme d’une discussion avec un groupe d’amis sur une messagerie.


Diagnostic


L’absence de formalisme rend plus difficile l’automatisation du contrôle de la complétude et de la cohérence des données, mais le recours à des outils d’analyse sémantique et d’IA pourrait remédier au moins partiellement à cette limite.


Ce qui pourrait être imaginé dans l’assurance du futur


Les données clés pourraient être détectées automatiquement dans un texte partiellement formaté et les pièces jointes pourraient être contrôlées via IA et machine learning.

En cas de données manquantes, incohérentes ou non reconnues, un questionnaire formel pourrait être envoyé au client.

Un contraste entre un fonctionnement interne hyper automatisé et une communauté non experte qui prend les décisions


Les processus internes sont fortement automatisés grâce à la blockchain. Le modèle de Teambrella réduit à l’extrême l’intervention de collaborateurs internes, toutes les décisions revenant aux adhérents. La faiblesse des coûts de structure laisse enfin supposer une tarification plus avantageuse pour les membres qu’une assurance traditionnelle.


Diagnostic


Le fait que l’intégralité des décisions (analyse de risque à l’entrée en relation et analyse des dommages lors d’un sinistre) reviennent à une communauté non experte fait apparaître un risque de fraude évident ; les photos peuvent être retouchées et les documents téléchargés peuvent être des faux, dans un contexte où le format de chaque type de document n’est pas nécessairement bien connu des adhérents. On peut y voir aussi un risque de détournement de la vocation initiale des membres qui prennent les procurations (les membres peuvent en effet donner procuration à d’autres, a priori plus sachants, pour rendre leurs décisions ; plus un adhérent est sachant, plus il peut recevoir une gratification élevée).

Enfin, la petite taille des communautés (quelques centaines de membres tout au plus) fait que la survenance d’un événement peut affecter une large part de celle-ci ; par exemple, un épisode neigeux à Amsterdam provoquerait une hausse des accidents de vélo, qui pourrait concerner concomitamment plusieurs membres de la communauté créée autour du vélo aux Pays-Bas, qui seraient en conséquence mal remboursés.


Ce qui pourrait être imaginé dans l’assurance du futur


Le recours à l’IA et au machine learning permettrait de contrôler les documents de manière automatique, complété par une intervention humaine pour un second niveau de contrôle (de manière aléatoire ou à partir d’un certain montant) ou en cas de doute.

L’assurance hors de l’assurance, dans un monde décloisonné


Le décloisonnement de l’environnement est une réalité sur le plan technologique (utilisation du bitcoin et de la blockchain dans un contexte d’assurance). En revanche, le modèle de Teambrella semble très autarcique alors que l’environnement de marché est de plus en plus ouvert.


Diagnostic


L’étroitesse de l’offre est peut-être une limite au développement de Teambrella. Concentrés sur l’évaluation du risque pour accueillir un nouveau membre ou pour estimer le montant d’une indemnisation, les membres n’ont pas vocation à élargir leur champ d’action.

Le risque de volatilité du bitcoin et l’incertitude lié au monde des cryptomonnaies nuisent en outre à l’attractivité du modèle, en particulier dans les pays dont la devise est relativement stable (la présence de communautés en Russie et en Argentine n’est donc à ce titre probablement pas un hasard).


Ce qui pourrait être imaginé dans l’assurance du futur


Dans l’assurance du futur, les données fournies par le client seront à la fois exploitées pour enrichir l’offre qui pourra lui être proposée et complétées par des données externes, ce qui permet entre autres de contrôler la véracité des informations communiquées. Un moteur de préconisation construit sur une IA pourrait proposer à l’assuré des services complémentaires à valeur ajoutée cohérents avec ses besoins.

Dans son état actuel, l’assurance communautaire proposée par Teambrella représente un modèle intéressant, notamment en termes de relation client, totalement dé-formalisée, et d’implication des adhérents, acteurs à l’extrême du fonctionnement de leur assurance. Malgré la confiance et la transparence induits par ce modèle, le surcroît de risque qui y est associé nous conduit à le préconiser pour de faibles sommes et l’assurance de produits non essentiels.

Ce qui explique sans doute pourquoi, plusieurs années après son lancement, Teambrella n’en soit encore qu’à un stade pilote.

©2020 par Le FAB - Le Futur de l’Assurance et de la Banque - Le blog de Christelle Chanut, spécialiste de la transformation des services financiers. Créé avec Wix.com

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